Aurélie Fillod-Chabaud

   

Je suis sociologue, spécialiste des relations entre familles et Etat.

Mes travaux s’ancrent dans une sociologie de l’Etat et de la parenté qui se décline autour de deux axes : la manière dont les gouvernés se saisissent des institutions en charge de la régulation de la vie privée et la manière dont l’Etat et ses agents déploient et mettent en œuvre des politiques en direction des familles.

Ma thèse, réalisée à l’Institut Universitaire Européen, à Florence en Italie, s’inscrit dans une sociologie politique comparée puisqu’elle analyse une mobilisation collective en réaction contre la régulation judiciaire des séparations conjugales. J’ai en effet travaillé sur le militantisme paternel, un mouvement réactionnaire qui s’ancre dans une contestation globale des acquis du féminisme. Il s’agit d’hommes qui décident de se mobiliser parce qu’ils ne sont pas satisfaits des conditions d’exercice de leur paternité suite à leur passage en justice. J’ai réalisé cette enquête auprès de 14 associations de pères séparés en France et au Québec, qui ont une tradition juridique et un taux de séparation assez similaires, mais dont la régulation des séparations est très différente.

J’ai nourri des réflexions complémentaires sur le traitement judiciaire des séparations conjugales dans le cadre de mon engagement au sein de l’ANR-Ruptures. Au sein de cette recherche collective, j’ai enquêté non pas du côté des justiciables comme dans ma thèse, mais du côté de l’institution et du travail des professionnels du droit. Cette enquête a notamment abouti à la publication d’un ouvrage dont je suis co-auteure avec le Collectif Onze Au tribunal des couples, enquête sur des affaires familiales. Cette recherche m’a permis entre autre d’éclairer la question des inégalités de genre et de classe devant la justice. J’ai été notamment marquée par le fait que cette institution reconduisent l’inégale division du travail parentale afin de privilégier l’entente entre les couples et de s’assurer de leur sortie de la chaine judiciaire.

J’ai donc travaillé sur la manière dont des groupes de parents dotés de ressources financières et intellectuelles se mobilisent contre l’institution judiciaire mais également sur la façon dont cette institution reconduit des inégalités de genre et de classe. Dans mes recherches actuelles, je questionne davantage les stratégies mobilisées par des parents à priori plus vulnérables, issus de l’immigration ou de milieux sociaux moins aisés.

Dans le cadre de ma recherche post-doctorale, je travaille sur les politiques locales d’adoption entre Maghreb et France par l’intermédiaire de la kafala, un mode de recueil en droit musulman, qui s’apparente à une forme d’adoption pour les parents qui y ont recours mais qui n’a pas du tout ce statut juridique en droit français. Différentes échelles des politiques d’adoption y sont questionnées. L’échelle méditerranéenne tout d’abord, puisque la circulation des enfants entre Maghreb est France est très dépendante certes des relations diplomatiques entre les pays mais aussi de la situation socio-sanitaire des orphelinats qui n’arrivent pas à prendre en charge les milliers d’enfants abandonnés chaque année. L’échelle territoriale ensuite, puisque j’analyse la manière dont l’absence de position claire de la part de l’Etat sur la kafala amène les conseils départementaux à produire des traitements différenciés et territorialisés de ces familles, qui sont pour la plupart musulmanes d’origine maghrébine. Je questionne ainsi la construction politique de l’altérité familiale et les enjeux de racialisation qui se jouent au sein des différents guichets de la protection de l’enfance.

Je prolonge ces questionnements dans le cadre de collaborations entamées au sein du projet MaRiSé, portant sur les enjeux de sécularisme à Mayotte, dirigée par Elise Palomares et Elise Lemercier ,au sein duquel je développe un travail sur le rapport aux institutions judiciaires et socio-éducatives des familles mahoraises.

 

 

Publicités

Une réflexion sur « Aurélie Fillod-Chabaud »

  1. Bonjour
    Avez vous svp réalisé un mémoire sur votre post-doc, et celui-ci est il disponible? Je suis venu à votre page par l’intermédiaire de celle-ci:
    https://droitscisoc.hypotheses.org/391
    M’attendant à trouver ce mémoire ou rapport « RT13 ».
    Nous sommes nous même dans la phase où notre enfant, recueilli par Kafala, devenu français, peut être adopté. Nous sommes curieux des différentes façons dont les juges traitent ces requetes, avec ou sans création d’un conseil de famille.
    Sincèrement.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Bienvenue sur le site d'Aurélie FILLOD-CHABAUD